Jérôme Thorel : PRISM, « L’injonction au bonheur sécuritaire », et après ?

par davduf, 3 novembre 2013

Jérôme Thorel est une vieille connaissance, un copain, de ces journalistes indépendants qu’on aime lire et dont on se demande bien pourquoi ils sont la marge ; et les autres, le tout-venant.

Depuis que je suis né, en 1994, avec ma première connexion Internet, Thorel a toujours été là, dans l’ombre, en embuscade, travailleur acharné contre la société de surveillance. Avec d’autres, il a lancé les Big Brother Awards. Il agissait souvent comme le prophète de malheur, aussi utopiste que nous, mais autrement plus réaliste. [1]

En début d’année, bien avant le scandale PRISM, Thorel a signé une somme aux éditions La Découverte, fruit de vingt ans d’activisme et de surveillance des surveillants : « Attentifs ensemble ! L’injonction au bonheur sécuritaire ». Son livre est un voyage dans ce qu’il appelle « la surveillance généralisée, nouvel eldorado du capitalisme policier ». Un périple, parfois savoureux, toujours ténébreux, chez les « marchands de contrôle », où l’on pénètre dans de bien belles officines plus ou moins officieuses de conseils en sécurité ; et où Thorel s’adonne, à cœur joie, à son sport favori : le dégommage des« paravents éthiques et les garde-fous illusoires comme la CNIL ».

De passage à Paris, on s’est rencontré dans un café du côté de Montparnasse. J’avais prévenu Thorel, on ferait ça en vidéo. Alors, Jérôme Thorel est arrivé comme il est : timide, déguisé, dérisoire, malin, visible invisible pour mieux tromper l’ennemi.

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Table des Matières et vidéos en conséquences

1. Le consentement au « progrès ». Histoire d’une propagande industrielle

Les expositions universelles à la gloire du progrès technique
Les luddites, premiers « obscurantistes »
Le machinisme, une « dépossession » des savoir-faire
Les canuts contre le règne de l’ingénieur
Marx contre Orwell
Le chemin de fer et les « biocatastrophistes »
De la « neutralité » des machines à l’ère de l’informatisation
De la neutralité de l’informatique à ses « usages » préfabriqués
La « sociologie des usages » pour anesthésier la « technophobie »

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2. Le langage, rouage du consentement à la surveillance

Vidéoprotection ou vidéotranquillité ?
La « novlangue » orwellienne et la « double pensée »
La LQR, novlangue de la technocratie française
Les mots de la LTI 2.0
Le couple sécurité-liberté
Le « fichier », un gros mot repoussoir
La malédiction des acronymes
Détournements, évitements, euphémismes et anglicismes...
Les mots de la CNIL pour faire avaler la pilule

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3. Architecture défensive et sécurité urbaine. Le conditionnement au quadrillage des populations

L’« architecture de prévention situationnelle » contre « l’insécurité urbaine »
Espaces défensifs, espaces dissuasifs
« Semi-privatiser » les espaces pour « prévenir le crime »
Gérer les « flux » de l’« ennemi intérieur » : vive l’APS « intelligente »
Les mots de l’urbanisme sécuritaire
Des voisins « vigilants » aux citoyens « volontaires »
« Veille citoyenne » et « partenariats locaux » : « coproduire sa propre sécurité »
Du travail social « de gauche » au contrôle social « de droite »

4. L’injonction à la transparence des correspondances

Le mythe du « secret » des correspondances
Criminaliser la cryptographie pour rendre illégitime la correspondance privée
Surveiller le contenu ou analyser le « trafic » d’une communication ?
L’illusoire efficacité d’une « surveillance préventive » des données techniques
« Deep Packet Inspection » : une surveillance de masse dissimulée

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5. Réseaux sociaux et fichiers tentaculaires.

« Assujettissements subtils » des identités numériques à la machinerie panoptique
Conditionnements disciplinaires des médias sociaux
La dictature des fiches : soumission au suivi informatisé des existences
Fichiers de police ou police des fichiers ?
Gouverner par les fichiers : gérer des « identifiants », pas des « individus »
De la « gestion » à la « discipline »
Les fausses vertus de la statistique et de l’expérimentation
Acceptabilité sociale et « culture du soupçon »
Les acteurs du travail social, complices involontaires ?
Biométrie : soumettre les corps à l’autocontrôle

6. Stratégies d’influence du capitalisme sécuritaire et formatage précoce des jeunes cerveaux aux joies des techno-sciences

Le grand laboratoire des cantines scolaires
Les carburants idéologiques du « capitalisme sécuritaire »
Les soldats du vidéoquadrillage
Les commandos de la « confiance numérique »
Les lobbies du contrôle identitaire
Les fondations d’entreprise : la propagande par le mécénat
Expositions de vulgarisation scientifique : l’art du conditionnement
Art et sciences : de la culture scientifique aux foires techno-artistiques

7. Chroniques de l’insécurité et de la violence. Les rouages médiatiques de l’ordre sécuritaire

L’euphorie sécuritaire au service du « maintien de l’ordre (établi) »
Violence et information télévisée : « faits-divers » ou « faits de société » ?
Recyclage de la doctrine militaire à la télévision : l’« école » Charles Villeneuve
Consultants chasseurs de prime et « socioflics »
Du journalisme à gage au journalisme d’immersion
« Immersions » et compromissions
Poison et antidote des fictions à la télévision

8. L’antiterrorisme comme processus de conditionnement sécuritaire

Quand la République criminalise le délit d’opinion
Les « lois scélérates », un modèle contemporain
Le « prétexte algérien », terreau de l’antiterrorisme contemporain
La dimension symbolique de Vigipirate
L’antiterrorisme ou la banalisation des lois d’exception
L’« effet de cliquet » : rendre les lois d’exception irréversibles
Les victimes collatérales de la stratégie de la « fourmilière »
Technologies « proactives » : surveiller l’essaim pour tuer la guêpe
Quand l’ordre antiterroriste entreprend de « traiter » la violence sociale
Ennemis intérieurs : les « euro-anarchistes » dans le viseur
Le prétexte antinucléaire
Du délit d’opinion au crime intentionnel

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9. Triomphe de l’éthique aux dépens du droit et contre-pouvoirs imaginaires. Les lubrifiants de l’acceptation

Indépendance et conflits d’intérêts : des commissaires sous influence
La CNIL ou la culture de l’excuse et du compromis
L’arme de la « proportion » pour désamorcer des penchants idéologiques
Le pouvoir de publier des avis négatifs : affichage et gesticulation
Les Correspondants informatique et libertés : la CNIL privatise ses propres missions
Google écoute les réseaux Wi-Fi : la CNIL sort sa tapette à mouches
La CNIL, nouvel acteur de la « sociologie des usages »
Les « débats publics » ou la stratégie de l’enfumage
Au coeur des officines de la propagande « participative »
Les comités d’éthique de la « vidéoprotection » : l’art de la dispersion
Conclusion. Désobéir ou s’insurger ? Quelques pistes pour détraquer la machine
Tactiques de contre-surveillance : se préparer à accepter la défaite
Dénoncer par le divertissement : subversion ou gesticulation ?
Des coups de marteaux aux grains de sable.

Voir en ligne : « Attentifs ensemble ! L’injonction au bonheur sécuritaire » de Jérôme Thorel


[1Aujourd’hui, Jérôme Thorel collabore à plusieurs organes de presse indépendants, dont le remarquable Reflets.info.

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