Manifestive

CPE. Sur une banderole, « Médias = Casseurs »...

par davduf, 12 avril 2006

CPE, suite. Manif, encore. Un tour, et des photos.

Dans le cortège, toujours ces sourires. De plus en plus de déguisements. C’est la manifestive. On s’habille en patron ; on a les crocs, on devient cro-magnon. C’est aussi beau et con que ça.

Les « serpillières de la République »

Une pancarte évoque des millions de kilomètres parcourus par les manifestants, partout en France, depuis sept semaines. C’est drôle, c’est efficace, et ça fait du chiffre. Maladie de l’époque. Tiens, dans Libé, quelques jours plus tard [1], ces propos d’un CRS : « Vous savez, nous on est les "serpillières de la République", on nettoie la merde et on n’est pas là pour juger. Les mecs sont contents d’aller en manif plutôt que de tourner en rond dans les cités et d’arrêter pour la 30e fois dans la soirée Mouloud parce qu’il est basané. Ça, c’est n’importe quoi. On nous demande de faire du chiffre en banlieue avec les mis à disposition (personnes interpellées par les CRS et remises à des enquêteurs, ndlr). Sarko, quand il partira, il y aura des bouchons de champagne qui vont sauter chez nous. Il nous met une pression folle. Ça nous gave d’aller en banlieue. La plupart du temps, il ne s’y passe rien, c’est aussi calme que les centre-villes. »  »

La rue est à nous, disait une pub Tati.
Les abribus n’y échappent pas.

Quelle est donc cette envie soudaine de prendre les arbres d’assaut ? Pourquoi prendre de la hauteur quand c’est en bas que ça se passe. Descendre dans la rue, monter aux réverbères. Paradoxe du monde. Etre là, et ailleurs. Etre là et voir loin. Manifestive, c’est aussi ça. Feux, lampadaires, panneaux. Se tenir haut, comme un affront. Circulation modifiée.

Soudain, un air connu de nos services : « Nicolas Qui ? Nicolas Police ? ». Masques, micro, qui est donc Olaf Hund ? Est-ce que c’est lui, avec son porte-voix ? Ou pas ?

En choeur :

« Quand le petit Nicolas est entré au CP, heu ! On l’a tous montré du doigt. On a tous manifesté, heu ! C’est à cause de son nom. Quelle idée de s’appeler Police ! On lui pose pleins de questions. On l’appelle l’agent de service ! On lui d’mande en rigolant si ses parents voient des brigands des cowboys, des trafiquants, des Roumains ou le président Nicolas dit en pleurant que papa est immigrant Fallait pas s’appeler comme ça car toute l’école crie de joie : "Nicolas Qui ? Nicolas Police !" »

« vas-y, mon gars, allez, vas y, viens »

Et puis, c’est la Place d’Italie. La fin de manif. On est là, on attend. On attend quoi, au juste ? On regarde comme des parents affolés/inquiets. On retrouve des vieux potes, des amis du journal d’avant, des camarades d’antan. On rit, on sourit, rictus, un bruit. C’est le boulot, sale boulot, chouette boulot. Journaliste. Regarder, raconter. Maigre consolation : se croire casque bleu quand on est que voyeur. Et puis, être tout simplement là. Car c’est ainsi. Paris. Pavés. Précarité.

Il est 18h. Quelques mouvements éparses, presque des bruits presque feutrés. Des départs en trombe qui ne donnent rien. Déplacements en crabe. Un coup en avant, un coup en arrière. Obliques, obligés. Des salopards qui dépouillent. Pour un portable - Un portable !

Dislocation.

Et ça, une première charge policière. Puis, le retrait. D’un côté, une poignée d’excités. De l’autre, des CRS rangés. Au centre, entre les deux : des photographes et quelques cameramen. Lequel a commencé ? Lequel a crié le premier ? Lequel a visé son objectif au son d’un « vas-y, mon gars, allez, vas y, viens ». Un drôle de Paris-Plage. Sous les Pavés, Cannes.

Qu’est-ce qui leur prend, à ces photographes ? Qu’est-ce qu’ils foutent, merde ? Pourquoi ils crient, pourquoi ils s’agitent ? Pourquoi ils les agitent ? Comme si l’appareil ne suffisait pas, pour galvaniser ; comme si, dorénavant, il faudrait ajouter la voix ? Starlettes sur la croisette, télé-réalités ou pavés-dans-la-gueule, la même chose ? Vraiment ?

Pendant quelques minutes, c’est l’affrontement. Tessons contre zooms. Petits cailloux contre grands angles. Gros pavés contre petits diaphs.

L’AFP, elle, ne racontera que l’autre versant, l’autre version : les cris des énervés (« Vous filmez, bande de porcs ? »), et pas ceux des énervants. Pourquoi ? Pourquoi ne pas dire toute l’histoire, et l’immense gêne qui va avec ? Pourquoi ne pas dire que certains pris à partie ont aussi pris à partie eux-mêmes ?

A mes côtés, un ami photographe. Le voilà qui range son appareil. Il est du genre vieille école, l’ami ; l’école des couleurs chaudes et vraies de l’argentique. Il est triste, on est dépité. Le métier qui se barre en couilles, parce que deux ou trois cons veulent faire un beau cliché/pavé. Et qu’ils crient encore. Excitent les autres. La confusion règne. L’ami s’arrête net.

Un autre photographe, Sébastien Ortola, de l’édition française de 20 Minutes, raconte d’autres choses troublantes. L’homme montré tabassé, puis à terre, en quasi-direct, n’était pas forcément celui qu’on croyait. [2]...

Bientôt 20h, cette heure que tout le monde attend désormais. Ce 20h où personne ne s’arrête mais où tout le monde voudrait bien passer. 20h, l’heure de dire au revoir, à la revoyure.

Au loin, sur ce qui reste de la Place d’Italie, de joyeux lutins de la militance déplient une mini-banderole : « Médias = casseurs ». Ils ont une chanson, un peu con-con, un peu facile, sur TF1, et sur Hachette. Je les écoute, sans trop y croire. Ils sont sympas, ils rient. Ce qui venait de se passer est autrement plus inquiétant.

Voila le métro. Yeux fermés. Grosse fatigue. Et ces provocations qui reviennent. La tête encore dans ce Festival de Cannes, ce Festival des Cons, Paris-Croisette-Conneries.

Quelques jours plus tard, en écho, à Lyon, cette phrase entendue à l’AG intersyndicale des étudiants, et réproduite par Libération : « Les médias déforment nos propos. Ils sont controlés par de grands groupes. Quand le gouvernement nous pisse dessus, ils disent qu’il pleut ».


D’autres photos sont disponibles sur mon site 23HQ(un flickr alternatif). A voir, également, celles de Philippe Brault du collectif L’Oeil Public.


[2Pour entendre son témoignage, bien cliquer sur le lecteur audio-flash

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Messages

  • la photo de "médias=casseurs"

    Voir en ligne : médias=casseurs

    • cette fois, c’est bon. C’est, vous, Nathalie, sur la photo ?

    • oui c’est moi

    • Alors... racontez nous... dites nous qui vous êtes ? Qui est le groupe avec vous qui chantait ? Et vos paroles ? Et tout ça ,-)

      D’avance, merci ,-)

    • En arrivant à la place d’italie, j’ai croisée une nuée de journalistes casqués, armés jusqu’au dents de leurs caméras et protégés de toute évidence par des policiers en civil.
      ils semblaient se diriger vers le centre de la place, avident de filmer les violences.
      j’ai klaxoné vers eux en brandissant ma pancarte, évidement aucun d’entre eux n’a dégner lever les yeux sur ma pencarte. l’avaient-ils déja vue pour feigner cette ignorance ?
      En me retournant j’ai vu un immeuble squaté par les médias au balcons d’un immeuble. je me suis dirigée pas loin pour brandire à nouveau ma pencarte et les klaxoner à nouveaux.
      2 jeunes hommes m’ont proposés de m’approcher plus prés de cet immeuble devant les CRS qui gardaient bien l’entrée de l’immeuble, et nous avons commencés avec mon amie et nos 2 nouveaux compères à former un quatuor, avec slogants écrits sur le vif, et coup de klaxons rithmés.

      Un peut plus tôt, place de la république, un groupe de jeune ados des banlieues, en voyant ma pancarte, m’ont demandés pendant leur passages dans la foule de klaxoner pour eux : "madame, madame vazi klaxon !"

    • ha oui l’un des deux gars qui écrivait les solgants sur le champs, me disait avoir fait parti de greenpaece, je ne me souviens plus des slogants, mais pour moi, le sens de cette pencarte "médias=casseurs", c’est que nos médias dominant exite la violance, et la provoque de toute évidence avec la complicité de la police.
      il faut du sensationel, pour nous faire oublier les questions essentielles et brouiller les messages, ne surtout pas analyser que ces mouvements sociaux ont une reflexion et rejette cet ultra libéralisme.
      la violance exacerbée par les médiats, permets d’obstruer toutes paroles et lave nos cerveaux aussi sûrment que la publicité.

  • Très intéressant l’histoire du "faux photographe". J’aime le style de l’article en général, c’est vraiment bien écrit. Sauf que les casseurs ne sont pas des "salopards" quand même...Il faut essayer de les comprendre (ce verbe est différent de excuser, défendre, justifier, et tout ce qu’on va tenter de me faire dire. COMPRENDRE). Lire Calaferte ? Rien a changé ou si peu...Comprendre, toujours s’approcher de la compréhension pour entamer un voyage sans destination. Mais passionnant. Tellement plus humain que ton "salopard"...

    Voir en ligne : Oaï from the ecosphere !

    • Hé bien... Disons qu’il y a quelques (sacrés) différences entre ceux que le langage populaire appelle "casseurs" et ceux que le langage tout court désigne pour parler de ceux qui se jettent à cinq ou dix sur une personne pour lui piquer son téléphone... c’est ce ue j’ai voulu dire...

      Pour le reste... merci ,-)

  • Bonjour, Ce n’est pas vraiment une réaction mais une info. J’ai promené mon micro pendant les manifs et les after contre le CPE. Monté, mis en sons plus qu’en musique... Le résultat est à l’adresse jointe

    PS : sympa le site !
    Les sons de la valise

  • Bonjour,

    Je m’appelle Elsa, je suis volontaire européenne dans une organisation vidéo amateur en Slovénie et rentrée en vacances pendant le mouvement anti-cpe, sympathisante, j’ai décidé de faire un reportage d’une dizaine de minutes sur les revendications de jeunes manifestant-e-s pour le montrer ici dans les clubs et associations étudiantes de gauche... sans utilisation commerciale.
    Puis-je utiliser dans mon montage certaines photos de votre blog ?
    Je construis en effet un petit chapitre sur le grossissement de l’appareil répressif en France.
    Je peux vous faire parvenir une copie du court-métrage.
    Cordialement,
    Elsa

    • Elsa,

      Merci pour votre post. Aucun probleme ! Allez y ! Les photos sont libres de droit. Juste une choase : citez la source, si vous pouvez.

      Bon courage pour le film et d’accord pour la copie !

      ,-)

      A bientot !

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